Annonce Calenda 1242681
Depuis quelques décennies, un « tournant » se consolide dans l’historiographie et, plus généralement, dans l’ensemble des sciences sociales, invitant à considérer les processus et les événements du passé dans une optique explicitement globale. Cependant, la volonté d’étendre les échelles d’observation en intégrant un niveau macro, c’est-à-dire au-delà des frontières nationales définies, fut complétée par la notion d’« histoire connectée », qui implique non seulement une augmentation de « l’échelle d’analyse mais aussi [un changement profond de] l’orientation de la recherche » (Bertrand, 2015). Selon les termes du principal idéologue et initiateur de ce courant, Sanjay Subrahmanyam, il s’agit d’approfondir, dans cette perspective, « la recherche des fils parfois fragiles qui connectaient le monde » en partant du principe qu’à travers un prisme de recherche qui transcende les divisions études régionales, « nous avons le plus de chances de les trouver [les sujets historiques] connectés à un réseau, à un processus de circulation » (Subrahmanyan, 2020).
Dans ce contexte, l’histoire des médias (que l’on pourrait étendre à une histoire plus large de la communication), bien que située disciplinairement entre deux traditions aux influences et aux bases épistémologiques très différentes au premier abord, l’historiographie et les sciences de l’information et de la communication (Martínez Gallego et Laguna, 2015), a généralement été construite comme un objet d’étude à partir de l’horizon matériel et de la possibilité des États-nations (combinant des analyses à l’échelle locale, régionale et nationale). De fait, il n’est pas anecdotique d’observer comment, à une époque où cette discipline en était encore à ses balbutiements, au cours des années 1990, l’une des principales références dans l’étude de la presse espagnole en France, Jean-François Botrel, signalait que la proposition méthodologique pour l’avenir était de se concentrer sur l’espace local et régional (Botrel, 1992). Sans renoncer à l’arrière-plan implicite de cette proposition, le cadre d’une histoire connectée appliquée à l’étude des médias, tel qu’il est présenté dans ces lignes, pourrait, à notre avis, fournir de nouveaux outils qui nous permettraient de comprendre ces réalités dans des cadres de signification plus larges, interdépendants et résolument globaux. A cet égard, nous partageons avec Martínez Gallego et Laguna (2023) le désir de « remplacer le concept prédominant qui identifie la communication à la transmission et à la circulation sociale des messages par un cadre conceptuel plus complexe qui considère la communication comme un processus socioculturel de production de sens ». Cependant, nous pensons que cette proposition pourrait se matérialiser, dans un premier temps, à partir de la branche d’étude la plus spécifique qui concerne l’histoire des médias (sur laquelle se basent directement ou indirectement de nombreuses recherches académiques), et qui met en perspective les postulats défendus par l’histoire connectée.
Tel est, en définitive, l’objectif de ce séminaire : créer un espace de dialogue pluridisciplinaire entre spécialistes pour discuter des possibilités et des défis liés à l’intégration de la notion de connexion dans l’étude des médias dans une perspective diachronique. Ainsi, pour cette première édition, intitulée « Histoire connectée des médias », il a été décidé d’ajouter le sous-titre « Objets, notions, méthodes et sources pour connecter globalement l’analyse historique des médias ». L’objectif des six sessions est d’acquérir une connaissance approfondie des différents contextes de recherche qui ont traité certaines des dimensions les plus pertinentes de l’étude des médias et d’analyser collectivement leur potentiel, dans une perspective connectée, sur la base de leurs postulats théoriques et méthodologiques et du corpus documentaire utilisé. Nous serions ainsi, peut-être, en mesure d’établir les bases de ce qui pourrait être une future ligne de travail, intégrant pleinement la connectivité comme signe d’identité et comme axe directeur pour la mise en œuvre d’études dans ce domaine. En résumé, l’objectif de ce séminaire est de mettre en contact nos recherches afin de connecter l’histoire des médias au niveau mondial.