Annonce Calenda 1188551
L’expression « la Lettre et l’Esprit » convoque un singulier paradoxe. Elle constitue un lieu commun des cultures juridiques et pourtant un angle mort de la théorie du droit. De nombreux auteurs et études juridiques, de multiples argumentations et démonstrations juridiques convoquent années après années ce topos pour structurer leurs analyses. La lettre serait une position prônant une interprétation dite « stricte », voire« littérale », comme en attestent les locutions « à la lettre » ou encore « prendre au pied de la lettre ». À l’inverse, l’esprit qualifierait la priorité donnée soit à l’intention originelle soit au but visé par la règle, au dépend de sa formulation littérale. Mais n’est-ce pas là une description imagée, héritée de l’usage commun, plus que des qualifications et analyses rigoureuses, fortes des acquis les plus récents des théories de l’interprétation et de la sémantique en sciences humaines et sociales ?